vendredi 26 février 2010

Quand le marabout s'en mêle

Maouloud


«Mawled» signifie naissance en arabe, quant au terme «Mawloud» cela signifie nourrisson.

«Mawled el nabawi» célèbre donc l’anniversaire de la naissance du prophète et permet de perpétuer sa mémoire.

L’évènement n’a pas une grande importance dans la majorité des pays musulmans mais est une bonne occasion de se souvenir du prophète.
Ce serait cependant faire preuve de piété de jeuner ce jour-là comme le faisait le prophète en souvenir de son anniversaire.

Néanmoins, en Afrique, et particulièrement en République de l’Hibiscus, cette fête nommée « Maouloud » prend une toute autre dimension, et revêt alors une signification profonde.
Sa célébration est chaque année l'occasion d'invoquer Allah et de rendre un vibrant hommage à Mohammed.

En Afrique, ce sont, effectivement,des millions de fidèles qui, chaque année, célèbrent l'événement. Toute la nuit, ce sont des séances de prêches, des lectures du Coran, des prières rendant grâce à Dieu.



Marabout


Un marabout est un homme admiré et respecté se réclamant le plus souvent de l'islam. Considérés comme des sages et des guides spirituels, les marabouts font l'objet d'un culte populaire en Afrique et notamment en République de l’Hibiscus.

En effet, en plus d’être des hommes d’islam, les marabouts sont des personnages à qui l'on prête des pouvoirs multiples, ils seraient, effectivement, quelque peu sorciers, héritant là d’une tradition animiste.

Les marabouts hibiscusiens ont donc une science religieuse musulmane considérable en plus d’avoir une science occulte.

Aux yeux des fidèles hibiscusiens :

Leurs pratiques sont en accord avec le Coran, leurs prières et leurs vies d'hommes de Dieu forcent l’admiration et le respect. Les marabouts sont, dans cette optique, des guides spirituels et aident les fidèles sur la voie de la foi.

Ils maitrisent aussi l’art des sorts et de la magie, leurs bénédictions sont précieuses et préviennent de la mauvaise fortune et de la maladie. Les marabouts héritent alors d’une tradition hibiscusienne aimant le surnaturel et se retrouvent considérés comme des sorciers.

Normalement, les marabouts ne devraient pas monnayer leur savoir, et ne recevoir que des dons de la part de leurs fidèles. Mais, il est maintenant d’usage de payer pour leurs prières et pour leur bénédiction. Les marabouts hibiscusiens sont donc richissimes, n’hésitent pas à s’octroyer des pouvoirs quasiment divins et jouissent d’une très grande influence auprès de la population et même des politiques.




Quand le marabout s’en mêle


J’ai la chance inouïe d’habiter dans la même rue qu’un grand marabout hibiscusien.

La maison est imposante, d’un goût un peu douteux mais pour le moins très imposante.
Le 4x4 énorme et rutilant, une vraie machine de guerre qui brille de partout.
Je n’entrerais pas dans le débat quant à la misère alentours de la population qui jouxte le débordement ostentatoire de richesses du marabout.

Mais bon, vous aurez compris ce que j’en pense, sans que je n’en aie rien dit.

Et donc pour Maouloud, 3 jours avant, les préparatifs commencent. Dans une démesure et une folie des grandeurs dont seuls les importants hibiscusiens savent faire preuve.

Une tente gigantesque est dressée sur la route.
Une route 2 x 2 voies totalement bloquée pour la fête qu'organise le Marabout. Évidemment, les autorités ne disent rien quant au blocage de cet axe important de la capitale hibiscusienne, il est trop risqué de contrarier le Marabout.

L’après midi du jour J, la tente se dresse fièrement, la foule commence à affluer de toutes parts, ma rue est inondée de voitures garées en tous sens.

Les gens s’attroupent sous la tente ou devant la maison du Marabout.
Tous vêtus de leurs plus beaux habits. Les hommes en tuniques longues de pagne brillant. Les femmes en chemisiers et jupes coordonnés en pagnes colorés avec de multiples froufrous.
Un chatoiement de couleurs et de rires en attente des festivités.

Des chameaux aussi. Plusieurs chameaux qui, de leur regard indolent, toisent la foule bruyante en mastiquant calmement.

La musique commence. Les enceintes saturent et libèrent une musique assourdissante à être poussée ainsi à plein volume.
Les feux de joie s’allument. Ils claquent frénétiques, alimentés sans cesse pour être toujours plus gros, toujours plus hauts.

Et les chameaux impassibles face à toute cette agitation.

Le marabout, sort, s’avance, royal. Un air hautain et supérieur.

Et là, comble de l’horreur, sous mes yeux effarés, un homme qui se tenait aux côtés du Marabout sort une machette.

D’autres s’emparent du premier chameau, le font tomber, le plaquent au sol, et le maintiennent immobile, le cou étiré sur la terre.

Et la machette s’abat. Violente. Une fois. Le sang coule.
Deux fois.
Trois fois.
Quatre fois. La tête roule et le sang gicle.

C’en est trop, je rentre chez moi.


Une question me taraude...
En quoi les sacrifices de chameaux servent à commémorer la naissance du prophète Mohammed ?
Il me semblait que le Maouloud se fêtait dans la prière. Pas dans le sang.
Un vieux reste de folklore animiste qui anime les foules de joie sanguinaire ?


J’aurai quand même appris plusieurs choses ce soir:
1) La curiosité est un vilain défaut.
2) Un cou de chameau ne se coupe pas si facilement.

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