mercredi 24 février 2010

Soumission à l'autorité



Je me suis intéressée à une expérience qui a été menée dans les années 1960 par le socio psychologue américain Stanley Migram.

L’objectif de l’expérience était de mesurer l’obéissance d’un panel de personnes quand l’ordre implique une action contraire à leurs valeurs morales.


L’expérience s’articule autour de 3 participants :
- L’élève qui doit mémoriser des couples de mots
- L’enseignant qui dicte les mots et valide ou non les réponses
- L’expérimentateur qui supervise et surveille le bon déroulement de l’expérience

L’enseignant est ici le véritable sujet de l’expérience. Effectivement, ce qui est mesuré est son degré d’obéissance à un ordre édicté par une autorité reconnue (l’expérimentateur en blouse blanche), malgré le fait que son obéissance implique de profondes souffrances chez « l’élève ».

L’élève et l’expérimentateur sont en réalité des comédiens.

Pour le sujet, la situation n’est pas un jeu, il lui est dit qu’il participe à une expérience visant à mesurer les effets de la douleur sur la mémorisation.

L'enseignant doit dicter des listes de mots à l’élève qui doit les retenir, et les restituer quand il est interrogé. En cas d’erreur, l’enseignant devra infliger une décharge électrique à l’élève. A chaque mauvaise réponse, il devra appliquer à l’élève une décharge de plus en plus forte. Les décharges punitives s’étalonnant de 15 à 450 V en 30 échelons différents.

L’élève (un comédien) réagit graduellement aux pseudos électrochocs, en ne montrant aucune gêne à 15 V, en gémissant à 90 V, en criant de durlour à 120 V, en en hurlant d’agonie à 270 V, et en étant brisé, sans réaction au-delà de 300V.

En aucun cas, il n’est laissé de doutes à l’enseignant sur la douleur qu’il inflige à chaque fois qu’il appuie sur le bouton actionnant les décharges.

Lorsque le sujet- enseignant montre une hésitation à infliger les électrochocs punitifs, l’expérimentateur l’incite à poursuivre en étant ferme mais courtois par des phrases du type : « Continuez, s’il vous plait. », « il est absolument indispensable que vous continuiez »…

Il n’a jamais été fait de menaces, de contraintes explicites, juste des ordres fermes mais sans plus. De même, il n’a jamais été promis de récompense, ni de rémunération si l’expérience était menée à son terme.

L’expérience à été menée sur 636 sujets et selon différentes variantes.
Dans la plupart des variantes on constate une obéissance aveugle (application de la décharge maximale entraînant la « mort » de l’élève) dans 65% des cas.

Je voudrais cependant détailler les résultats de certaines variantes.
En cas de grande proximité de l’élève, seuls 40 % des sujets vont appliquer la décharge maximale.
En cas d’absence de l’expérimentateur, ce taux tombe à 20%.
S’il y a deux sujets et que l’un se rebelle, ce taux tombe à 10%.
Par contre, si l’autre administre les chocs sans broncher, le taux de sujets qui appliquent la déchargent maximale grimpe à 92%.
L’expérience a été menée au Moyen Orient, et les différences culturelles n’influent pas les résultats puisque le taux moyen est aussi de 65%.
L’expérience à été menée dans un documentaire de Christophe Nick pour France 2 (il sera diffusé en mars), et 80% des sujets se plient aux ordres.


Ici, je ne vais pas chercher à interpréter, ni analyser les résultats, ce n’est pas vraiment dans mes compétences.
Je voulais juste interpeller les lecteurs du net que vous êtes.
Les résultats parlent d’eux même.


Il semblerait que…

A partir du moment où l’homme se retrouve sous l’autorité de quelqu’un et qu’il peut ainsi ne pas assumer les conséquences de ses actes, il est capable d’être le plus aveugle et le plus fidèle des toutous obéissants.

L’homme cherche à se déresponsabiliser, comme si le fait de penser, de décider, d’agir et d’en assumer les conséquences était incroyablement dur, complètement insupportable et qu’il valait mieux se dédouaner de toute pensée affirmée pour jouir pleinement dans son infantilisation.

L’homme est un mouton, on le savait. Mais ces deux résultats le montrent de façon affolante !
« S’il y a deux enseignants et que l’un se rebelle, le taux de sujets qui appliquent la déchargent maximale tombe à 10%.
Par contre, si l’autre administre les chocs sans broncher, ce taux grimpe à 92%.
»
Donc si il n’y en a pas un pour faire l’effort quasi surhumain de s’affirmer, tout le monde suit, bêtement, en bêlant « on nous a dit de le faire, et les autres le faisaient, alors … »
Alors quoi ?
Alors, on peut tout se permettre ?
Alors ce n’est pas de notre faute ?
Alors, nous ne sommes pas tous coupables de nos lâchetés ?

Torturer quelqu’un de manière indirecte et et n’assumer aucune responsabilité pour cet acte, c’est visiblement facile.

Oser dire non, relèverait d’une épreuve herculéenne ?
L’individu renierait ses convictions, ses pensées pour ne pas avoir à s’affirmer ?
Visiblement.

Comme le communautarisme aveugle et la déresponsabilisation sont confortables !
C’en est affligeant.

Le pire, c’est que, TOUS, en lisant les résultats de cette expérience, nous nous disons « non, bien sûr que non ! Moi, je ne ferai pas ça ! Moi j’aurai dit non. »
Et pourtant …


J’invite chaque personne que vous êtes à regarder le reportage qui passera sur France 2, 80 % des français qui y ont participés ont obéi. Cela devrait être intéressant. Le légendaire esprit critique franchouillard en prend un sacré coup !

A propos de ce documentaire sur France 2, un article de Libération, cliquez ici

Je vais me mettre à lire un bon Elisabeth George, ça me fera oublier tout ça !

« Heureux et libre est celui qui ose dire non ! » Peter de Genestet (écrivain hollandais)

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