jeudi 18 mars 2010

Le mouton hibiscusien :



("Fumer tue." Allez dire ça à un mouton !)

Le mouton hibiscusien est un animal foncièrement moche.
Son lointain cousin tout mignon avec moult bouclettes de laine en a honte.

Le mouton hibiscusien est grand, et d’une maigreur incroyable.
Poussiéreux jusqu’au bout des sabots, il trimballe son poil ras entre le jaunâtre et le blanc plâtre.
Il est vraiment très laid.

Le mouton hibiscusien
traîne sa carcasse le long des rues poussiéreuses, polluées et inondées d’ordures.
Il se balade nonchalamment de toute sa maigreur dans le bigarré des voitures, des marchés, des enfants des rues et des maisons de tôle.

Le mouton hibiscusien est un animal grégaire, il n’est pas mouton pour rien, et se déplace avec sa petite bande d’amis.
S’il a des compagnons d’infortune, il a rarement de berger. Il ne semble appartenir à personne. Il surgit de nulle part, erre et disparaît.

Le mouton hibiscusien se nourrit d’ordures. Il se fait un régal des immondices, se délecte des détritus, savoure les moindres déchets et gobe, mâche et avale tout ce qui ressemble à du papier ou à de vieilles épluchures. Il faut dire qu’il n’y a pas d’herbe dans la capitale hibiscusienne, la pauvre bête n’a guère le choix.

Le mouton hibiscusien est un grand martyre. Il est sacrifié à tout va. Egorgé pour causes religieuses, rôti en méchouis pour la plus grande joie de multiples estomacs.

Pour la Tabaski (Aïd el-Kebir), il est persécuté.
Plusieurs jours avant, c’est la fièvre du grand trafic du mouton. Tout le monde s’agite pour avoir son méchoui sur pattes, les transactions se font fébriles.
Les béliers rendus fringants et rutilants s’arrachent à prix d’or.
A chaque fois qu’un mouton trouve acquéreur,
Hop ! il est retourné sur le dos d’un coup de main bien rôdé,
Hop ! il se fait ficeler les pattes à vitesse grand V,
Hop! il est balancé sur le toit d’un véhicule.
Si c’est une voiture, il a de la chance. Si c’est un car, un bus ou une mobylette, il va être bringuebalé douloureusement.
Et c’est un florilège d’incongruités. En tous sens, dans chaque rue, des voitures antiques, des cars colorés et des mobylettes pétaradantes défilent avec leurs moutons ficelés contre la carrosserie dans un concert de bêlements et de klaxons.

Le lendemain de la Tabaski, il n’y a plus âme qui vive chez les moutons hibiscusiens. Et la question de la survie de l’espèce se pose à moi à chaque fois. Ils sont où les survivants ?


Mais le mouton hibiscusien survit à tout. Et il continue de se faufiler tout squelettique et tout moche à travers les rues cabossées de la République de l’Hibiscus.

Ils sont forts ces moutons !
Moi je dis, qu'il sont dans le top 10 des bestioles résistantes et adaptables.
Darwin dirait sans doute quelque chose à ce sujet ...

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