
Je pense que c’est une des premières choses qui choque le nouveau venu ici, la poussière.
La poussière qui s’amuse avec le vent et se rit de la pluie.
La poussière où s’agglutinent les odeurs des ordures, des gaz d’échappement, de la mer, des marchés, de la transpiration, de la torpeur, de l’inertie, des douleurs et des rires.
La poussière qui étend sa chape oppressante d’ocre.
La poussière qui tapisse chaque forme de son voile de latérite, comme une signature indélébile.
Oui, c’est là que commence la République de l’Hibiscus.
Il n’a pas plu depuis plusieurs mois, tout est sec, archi sec, il n’y a pas d’herbe, les baobabs n’ont plus de feuilles, les arbres rares (à part dans les quartiers résidentiels aisés), de la terre ocre partout.
C’est la couleur qui prédomine ici, le jaunâtre.
Et la poussière qui se soulève au moindre mouvement, qui vole, s’engouffre partout, dans le moindre interstice, recouvre chaque chose de sa fine pellicule sablée.
Les Hibiscus ne révèlent plus que des pétales au rouge terne, la poussière s’est chargée d’enlever le sanglant.
Les couleurs sont obligées de s’habiller de mouvement pour survivre.
Et la poussière, toujours, toujours. Partout. Reine en son pays.
Le corps en souffre. Les poumons, la peau, les yeux, les cheveux... se débattent puis déposent les armes, il n’y a pas de vainqueur contre la poussière hibiscusienne.
Pour les petits corps blancs, c’est l’épreuve. Au début, tout le corps se dessèche, tout le corps suffoque. Et puis il s’habitue à cette pellicule permanente. Il s’en fait son drap quotidien. Sinon, il y a le beurre de karité et la crème hydratante.
"L'homme n'est que poussière, c'est dire l'importance du plumeau." Alexandre Vialatte (romancier et chroniqueur français)

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