lundi 12 avril 2010

Lo. s'en va-t-en guerre, Mironton, mironton, mirontaine...

Son Altesse le Prince du Royaume de la Station Service est vaincue.

Histoire d’une lutte intestine qui dura le temps de nombreuses âpres batailles, épuisa les belligérants, laissa le vainqueur fourbu et le vaincu estourbi.


C’est en la semaine -2 avant aujourd’hui que tout commence.

Je venais de finir mes études de rentabilité. Fière, l’ego joyeux et le contentement exacerbé.
Fini !
Fini, les études de coûts, virtuoses de l’Excel !
Fini, les quêtes hargneuses et obstinées de données ! (Le Royaume de la Station Service est fichtrement mal tenu. Si données il y a, entamer une chasse au trésor tu commenceras. Rien n’est rentré comme il faudrait, les saisies informatiques sont aléatoires, les rapports sont entassés par terre, tout s’embrouille, tout se mélange. Que du bonheur pour récupérer des petits chiffres, des petits coûts, des petits revenus, des petites factures et tout et tout !)
Fini, les danses machiavéliques des méninges ! (Pour compenser l’absence ou le folklore des données, il faut bien trouver des solutions ! Alors, c’est la valse des estimations, des recoupements, des moyennes… Le but étant de métamorphoser ses neurones en félins, de telle sorte qu’ils se contorsionnent en mille acrobaties pour finalement retomber sur leurs pattes.)
Fini, les analyses impressionnantes de pertinence !
Fini, les luttes contre la dissimulation et la falsification ! (Luttes, bien souvent perdues, d’ailleurs … Une petite roturière n’a que peu de chances de s’imposer face au Roi. C’est donc des études de rentabilité dont les coûts de main d’œuvre ont été tronqués que j’ai du fournir. Les salaires du Roi, du Prince, et de tous les nobles ont été soumis à la censure, ils ne doivent pas apparaître. Voudrait-on cacher des privilèges aberrants ? C’est certain !)
Fini, fini, fini !
J’étais bien contente ! J’allais pouvoir passer à autre chose !

Je présentai donc mon œuvre bien-aimée à son Altesse le Prince de la Station Service pour que celui-ci me gratifiât de ses affables félicitations. Je pensais qu’il allait me vouer un culte pour avoir achever avec brio ces études que personne n’avait osé faire depuis 10 ans. (Au Royaume de la Station Service, se lancer dans l’étude de rentabilité des contrats, c’est comme se lancer à l’assaut du méchant dragon vorace et sanguinaire. Personne n’a jamais eu le courage de le faire.)

C’était sans compter sur le mariage de son Altesse le Prince ! Comme je vous l’avais déjà dit, ce mariage a fait de lui un monstre aux critiques acérées et aux négations péremptoires qui serait prêt à vous manger tout cru. Et voici de quoi cet énergumène sadique m’a affligée.

- Il faut que tu modifies les données des ponts, car on voit dans ton rapport que tu as fait des estimations. La direction va donc se rendre compte qu’il n’y a pas de données correctes et que j’ai mal fait mon travail. Comme, je préfère falsifier des données plutôt qu’admettre que j’ai tort, tu recommences tout avec les données que je te donne discrètement sous la table.
- Il faut aussi que ton texte soit bien aligné
- Il faut aussi que tu prennes en compte l’électricité. Même si il n’y a aucune donnée dessus. Tu te débrouilles.
- Et pour les données de Gaillard n°1, tu as pris les données de la comptabilité, mais elles sont fausses. C’est une petite magouille qu’on fait. Donc, il faut tout rechanger.
- Et …
- Et …


Je ne pus laisser mon travail chéri être piétiné de la sorte. C’était inadmissible. En héroïne de la rentabilité, en justicière des données torturées et en redresseuse de torts des coûts opprimés, je dis non !

S’en est suivie 1 semaine de lutte acharnée. Les fers se croisèrent avec fracas. Des assauts retentissants furent menés à coup de plaidoyers sans pitié. A chaque jour sa stratégie, à chaque jour sa bataille. De Waterloo à Austerlitz. D’arguments fallacieux en arguments percutants. Les combats furent terribles, entraînant de lourdes pertes de part et d’autre.

La 2e semaine vit naître un changement de tactique. Des tranchées furent creusées, avec moult remparts et barbelés. La guerre d’usure commença. Baïonnette à la main, chacun attendait dans la boue de son retranchement que l’autre daignât se sacrifier dans une attaque éclair et suicide.

A la fin de cette 2e semaine, lasse de guerroyer avec pertes et fracas pour absolument aucun résultat, je décidai d’opérer à un virement radical dans ma stratégie. Vendredi dernier, jour de l'anniversaire du Prince,je lui apportai en cadeau 3 petits gâteaux d’une des meilleures pâtisseries de la Capitale Hibiscusienne. Je sonnai ainsi la trêve, et le repli des troupes. Le Prince fut enchanté de mon attention, et se délecta de ces petites gâteries au chocolat. Je flattais donc mon ennemi, lui offrais de délicieuses gourmandises, l’attendrissais et le mettais dans de bonnes dispositions à mon égard. Le weekend fit son œuvre, il se déclara ému et touché par ma gentille attention. Poussant même jusqu’à afficher sur son profil : « Que Dieu te bénisse, amen »

En ce lundi matin, dès 8 h, je repris l’offensive. En douceur et avec le sourire, mais néanmoins ferme et déterminée. Le Prince qui avait perdu son aigreur de jeune marié en mangeant mes petits gâteaux, signa sa reddition sans condition.

Étude de rentabilité validée.
Je commence l’optimisation du Royaume de la Station Service. Je vais devoir me transformer en fée Mélusine qui supprime les couacs du Royaume d’un coup de baguette magique. Ça a l’air bigrement rigolo !


Conclusion : Ne pas croire Napoléon, Léonidas, César, Alexandre, Gengis Khan ou autres, il n’y a que le chocolat qui marche !

7 commentaires:

  1. Tu serais donc une matheuse ? ( remarque, on pouvait s'y attendre avec le titre de ton blog)

    Il faut avoir du courage je pense pour faire de la comptabilité, et un drôle de boss pour qu'il te demande d'en faire de la falsifiée.

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  2. Matheuse, oui, comptable, certainement pas ! :)
    Ingénieur, s'il te plait !
    Et, ce n'est pas le Prince qui est si bizarre, il est d'usage en République de l'Hibiscus d'avoir recours à des procédés qui virent à la magouille. C'est partout pareil.
    Il n'y a pas de problèmes. Jamais. :)

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  3. Je le saurais, mais je ne pensais pas que ce genre d'usages était monnaie courante.

    Ingénieur ? D'accord ;)

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  4. hihihi , j'ai mis un certain temps et sueur a comprendre comment marchait les affaires au cameroun,puis j'ai compris, je reservais un apres midi avec une caisse de biere pour discuter de la famille avec mes fournisseurs
    et j'obtenais le delai que je voulais....

    la vie n'est que concessions

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  5. Mon chef est la seule personne au monde qui n'aime pas le chocolat... Mais un gâteau à la mangue marche aussi bien avec lui.

    Si jamais le Roi ne veut pas concéder à te donner un salaire convenable et te menace de t'envoyer au bûcher, tu pourras toujours lui ressortir les preuves de ses comptes falsifiés, c'est pratique.

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  6. Rien à voir avec l'article mais j'ai enfin fini "Mort aux cons" !
    Moi ça a commencé à me lasser un peu vers la 300ème page et qu'il a buté une 20ne de DRH !
    Et la fin m'a légèrement laissé sur ma faim..

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  7. @ Tagada : Et c'était quoi la bière locale au Cameroun ?
    J'ai connu la Regab, la Flag et ici, c'est la Gaselle. Le problème c'est qu'en République de l'Hibiscus, il y a beaucoup de musulmans qui ne boivent pas d'alcool, donc pas de bière. Le Prince, notamment. Mais à l'avenir je peux toujours tenter mes chances avec du Redbull, c'est sont péché mignon.

    @ Klervi: Oui... Moi aussi. C'est dommage, le début était plus que prometteur !

    @ Nicolas: Comment peut-on ne pas aimer le chocolat ??? C'est sacrilège !
    Je suis en stage, alors le salaire ... Oh ! Point de médisance si facile !
    Et puis,je ne suis pas sûre que de mettre le Roi le "nez dans son caca", preuves à l'appui, change quoique ce soit et réussisse à le convaincre de ne pas m'envoyer au bûché ! Je raconterai l'histoire plus tard, mais même quand c'est un de ses supérieurs (un Empereur RH venu de France)qui lui fait la leçon, il n'en a cure !

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