jeudi 27 mai 2010

Facebook ou la pertinence

Je ne ferais pas une autre diatribe contre Facebook, quoique… C’est assez tentant, vous l’admettrez.
C’est le délicieux sens de la pertinence que ce site éveille en nous que je tiens à souligner ici. Cet hymne pusillanime à la pertinence sociale et virtuelle vous est présenté dans la joie et la bonne humeur !



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Tout d’abord, l’inscription.

Personne n’avouera avoir cédé à la pression sociale. Seront à juste titre évoqués, l’envie de voir, l’envie de comprendre, l’envie de jeter un œil … La curiosité en somme. Il est déroutant de voir le nombre de gens passionnés de sociologie qui se sont inscrit sur Facebook avec pour unique motivation celle du savoir et de la compréhension. L’engouement et le nombre de convertis tiendraient donc plus de la curiosité éclairée pour les mœurs étranges de nos congénères que de l’effet mouton de Panurges. Etonnant. Car si à l’heure actuelle il est de bon ton d’être sur Facebook, il est aussi de bon ton de critiquer le plus grand réseau social de la Toile. Aussi, personne ne revendiquera une inscription volontaire, basée sur une envie de se mêler à la foule des Facebookers. Non, c’était « juste pour voir ». Esprits acérés que nous sommes, nous nous sommes lancés dans une quête de savoir, nous cherchions, en fins spéléologues des méandres de l’esprit communautaire humain, à comprendre les raisons de cette déferlante. Ce n’est fichtrement pas pour s’inscrire dans une mouvance mondiale, pour surfer sur une tendance, pour se joindre à un phénomène de mode. Que diable pensez-vous donc là !




Les nouveaux inscrits n’admettront jamais avoir cédé aux assauts du prosélytisme continu et généralisé des utilisateurs de Facebook. Effectivement, l’individu qui se respecte n’a pas créé son profil pour faire comme ses amis, ayant eux-mêmes fait comme leurs amis et ainsi de suite. Bizarre, je pensais pourtant que c’était le principe même de Facebook… Ce n’est pas le doigt accusateur de nos connaissances pointant sur nous et sur notre marginalité avérée à n’être pas sur The réseau social qui nous a convaincus de nous inscrire. Même si au début les amis nous ont vanté les mérites de ce site, si les médias en ont fait leurs titres, si tout notre entourage parlait un langage jusqu’alors inconnu à coups de « poke », de « profils », de « murs » et autres, on ne s’est pas joint à la populace virtuelle de Facebook uniquement pour éviter l’exclusion sociale dans le vrai monde. Il ne faudrait pas avouer un esprit de meute trop marqué. Ah bon ? Je pensais aussi que cela faisait un peu partie de l’esprit d’un site qui se dit « réseau social ».
Je disais quoi plus haut ? Ah oui ! Que j’allais parler de la pertinence que Facebook éveille en nous.



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Ensuite, les débuts.



Et c’est la vaste circonspection des premières utilisations. On peut envoyer des messages sur Facebook ? Ah. Chouette. Ne pouvait-on pas déjà le faire par mail ou par courrier ? (Oui, je suis archaïque et un peu récalcitrante face à la technologie.) Non, non, rien. C’est vrai que c’est révolutionnaire Facebook ! On peut chatter en direct avec ses amis ? Ah. Fantastique ! Mais n’y avait-il déjà pas MSN (ou plus basiquement le téléphone ou la conversation de visu)? On peut voir les photos de ses amis ? Ah. Merveilleux ! Ceci dit, nos amis ne pouvaient-ils pas déjà nous les envoyer par mail, nous les montrer directement sur leur ordinateur ou leur album photo ? (Archaïque, je maintiens.)



L’individu est perplexe, il est en proie à une lancinante incompréhension. Mais pour faire bonne figure et pour persévérer sur la voie du savoir, il se drapera d’hypocrisie et criera avec le monde des convertis : « C’est révolutionnaire Facebook ! » ou plus simplement « Facebook c’est troooop bien ! » Toute cette première période est remplie de scepticisme vis-à-vis de ce site qui n’invente rien de nouveau, mais personne n’oserait l’admettre. Pertinence, pertinence…



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Après, l’utilisation ou l’entrée en religion.


On persévère pourtant. Hors de question de se laisser déboussoler par ces quelques déboires. Il ne faudrait pas que l’étude sociologique dans laquelle tant de gens se sont lancés soit compromise par une incompréhension de l’innovation Facebook. Il est de notre devoir, que dis-je, de notre honneur, d’aller au fond des choses et de découvrir l’explication rationnelle de cet engouement mondial pour un site qui ne fait que condenser des choses que l’on faisait très bien avant. Alors, on se jette à l’eau ! Et on cherche nos amis. Au début, niais et ingénus que nous sommes, nous cherchons nos vrais amis. A savoir ceux que nous fréquentons régulièrement dans la vraie vie. Et puis, c’est l’escalade ! Des « amis » nous « ajoutent » et on « accepte ». On en vient même à ajouter des amis qui n’en sont pas vraiment. Petit à petit on se retrouve avec une foule d’amis, dont la majorité est composée de gens que l’on n’a pas revu depuis le primaire, de gens à qui on ne parle plus, de gens à qui on n’a jamais vraiment parlé…




Trop tard, l’explorateur de Facebook que nous étions se transforme en un nouveau contaminé. C’est la fièvre, la transe, l’épilepsie puis la catatonie. On se met à faire la fouine parmi nos vagues connaissances. On renoue des contacts le temps de 3 messages sur le mur. On regarde les photos des uns et des autres. On s’extasie devant tant de possibilités d’intrusion dans la vie privée de gens dont on n’avait rien envie de savoir. Ces personnes qui nous étaient indifférentes deviennent les cibles de notre inquisition tranquille. Assis derrière nos écrans, on se renseigne, on cherche, on fouille, on regarde … la vie de ces pauvres âmes qui ont laissé leur vie à portée de la curiosité du premier « ami » venu. Ces incursions dans le quotidien et la vie d’autrui sont devenues normes sociales. Ce qui ne regardait que de rares concernés est donné en pâture à la multitude d’yeux virtuels. Serait-ce donc là l’innovation Facebook ? Super !



Vient ensuite le temps de la raillerie ! On se moque de tous ces gens chez qui l’on est allé fouiner en toute impunité. On s’interroge sur les raisons qui les poussent à faire preuve d’un tel manque de pudeur. L’individu ne comprend pas encore cette quête éperdue de divulgation, cette soif d’exhibitionnisme. Mais pourquoi, pourquoi ? Pourquoi viennent-ils étaler leur vie sur Internet, alors que tout le monde sait que Facebook est un nid de publicitaires et qu’il ne protège pas la vie privée ? On s’insurge contre ce désir stupide de publier l’humeur du jour, le nouveau record à brain machin et les photos de vacances. Quelle idiotie de montrer au monde tout ceci !



On s’exclame avec véhémence que personne ne pourrait s’intéresser à ce déploiement ostentatoire de détails personnels et/ou quotidiens comme autant de confessions que personne ne souhaiterait réellement entendre. Et pourtant…
Pertinence, pertinence…
Mais tout n’est qu’une réaction en chaîne visant à nous asservir à ce réseau social ! Le cerveau en capilotade à force de ne pas réfléchir sur Facebook, l’irréparable est commis. L’électroencéphalogramme est plat mais la quête de savoir n’est pas finie. Il faut comprendre n’est ce pas ? Il faut aller visiter les tréfonds de l’âme humaine et de la société. L’individu s’ingénie à chercher le sens de tout cela. La plongée en tant qu’observateur dans les abysses du réseau social planétaire n’a pas suffit, il faudrait expérimenter de plus près. Alors, nous publions nous aussi. Là, où on ne s’était contenté que du rôle de témoin cynique, on devient maintenant acteur. On publie nos photos de soirée, nos humeurs, nos résultats au quizz « Comment s'appel le mec que tu kiff en ce moment ? ». L’exhibitionnisme ambiant nous aurait-il contaminés ? Serions-nous en train de jouir de ce pouvoir extraordinaire qui est de se faire voir, remarquer et entendre par une masse de gens, sans avoir pour autant mérité leur attention ? Serait-ce donc là l’ivresse de Facebook ? Celle qui découle de ce pouvoir quasi divin d’ubiquité, d’omniprésence et d’omniscience ? Parce qu’il est bien plaisant de consulter la vie de nos ouailles virtuelles comme un Dieu le ferait de ces petits humains ; tout comme il est délicieux d’abattre nos sentences, nos humeurs et nos icônes sur ces mêmes ouailles, en sachant qu’elles liront, regarderont et se repaitront de ce que, dans notre grandeur, nous avons mis à leur portée. Facebook serait donc l’endroit où l’on exerce sa « divinité » et ce, comme des millions de gens ?



Mais encore une fois, point question d’admettre que l’on est passé du converti passif au converti pratiquant. Jamais personne ne dira être entré dans Facebook comme en religion, être absolument convaincu du bien-fondé de la chose, être volontaire à participer à cette grande cohésion mondiale, être ravi de faire partie du plus grand groupe au monde, être un adepte du nouvel opium du peuple. L’œcuménisme des voix qui s’égosillent sur Facebook suffit à justifier son individualité bien marquée. On ne fait pas comme tout le monde. On n’est pas comme tout le monde, « comme tous ces cons» ! C’est là quelque chose de délectable ! Si Facebook sonne l’avènement du communautarisme, des mouvements de masses, du rassemblement titanesque de la populace mondiale, du contact social exacerbé, il est très mal vu d’avouer un quelconque esprit de suiveur balloté par les foules. Allez comprendre ! Pertinence, pertinence …


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Enfin, la drogue.


La valse des publications, des commentaires, des messages, des photos, des inquisitions s’accélère. La lassitude face à ce flot discontinu d’informations inutiles commence à se faire sentir. Et pourtant, et pourtant… Pourtant, il est impossible de ne pas river ses yeux sur son écran pour se renseigner des nouvelles de toute cette foule. L’œil se fait perçant, à l’affut de toute nouvelle sans intérêt à se mettre sous la dent, le doigt se fait agile, prompt à enchaîner les bons mots, le cerveau se fait ogre, prêt à dévorer tout divertissement facile de quelques instants. Facebook ne devient plus seulement le lieu où l’on s’exerce à la divinité, mais le lieu de la consommation facile. La consommation de masse a trouvé son royaume. On consomme les « amis », les « relations sociales », les jeux, les tests, les « actualités », les groupes, les photos … La consommation est étendue à l’extrême, la superficialité du site l’a voulu. A nouveau, il est difficile d’admettre être un pion parmi tant d’autres et consommer chaque jour du Facebook comme un drogué aurait besoin de sa dose.





On s’en défend ! On trompe juste notre ennui clame-t-on. Que l’on soit au boulot, seuls chez nous … dès que l’ennui vient poindre dans notre esprit on se dirige tels des automates vers Facebook. Alors qu’avant l’imagination et les divagations de l’esprit étaient les seuls remèdes à un ennui forcé, il y a maintenant ce vaste réseau social, plateforme mondiale du divertissement minute, de la distraction éphémère de grande ampleur. L’esprit se repose sur ces alternatives à l’ennui et à la réflexion. Malheureusement ce qui ne devait être qu’un palliatif, devient pathologique et avant même de s’ennuyer, l’individu compose compulsivement les douces lettres de Facebook sur internet. Tout devient alors du réflexe, de la pulsion première et les symptômes du manque sont écartés par ces nouveaux outils merveilleux que sont l’I-phone, les Blackberry et autres. L’ennui devient assisté par ordinateur, transformé en une lenteur et une torpeur de l’esprit à la consultation effrénée des multiples applications Facebook. Qu’il serait sot d’assumer sa condition de dépendant du réseau social mondial ! L’excuse n’est plus la découverte, la soif de savoir, l’envie de mener une étude sociologique ; cette position n’est plus crédible. Non, chacun légitime ses heures passées sur Facebook par l’ennui. Diantre ! Mais c’est évident ! Si l’on est à ce point assujetti au site bleu, c’est qu’il est l’exutoire parfait à nos désœuvrements. Hors de question d’admettre qu’il faudrait aller aux « Facebookers Anonymes » comme pléthore d’âmes perdues, non. On peut très bien se passer de nos multiples visites quotidiennes sur Facebook, il ne s’agit que de tromper notre ennui ! Au nombre de nos contradictions, celle-ci ne fait pas affront. Une fois, encore une, pertinence, pertinence





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Les groupes : derniers retranchement d’une certaine pertinence

Parce que c’est au milieu de Facebook que l’on trouve parfois certains irréductibles de la pertinence. Les cas sont rares car la bêtise et la maltraitance de l’orthographe y ont leurs entrées VIP. Mais certains cas existent néanmoins.

Quelques exemples de groupes pour le plaisir :

Je suis contre le fichier Edwige parce que j'ai déjà tout mis sur Facebook

Si t'as pas une flik flak à 5 ans, t'as raté ta vie


Comment Sarko peut-il relancer la croissance alors qu'il a loupé la sienne

La Garden Party de l'Élysée c'est compté comme apéro géant ou pas?


Je mange de la féta pour soutenir la Grèce financièrement.


A la SNCF ils vont bientôt déposer des préavis de travail

Pour que Dark Vador puisse continuer à porter le voile sans risque d'amende.

Pour que Martine Aubry prenne sa retraite à 60 ans! (Août 2010).




Pour glousser encore un peu:

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