mercredi 16 juin 2010

Lettre à Hubert

Cher Hubert,


Mon fier et noble destrier, je t’envoie cette lettre pour m’excuser de cette si longue absence. Nous avons passé ensembles des moments épiques …


… et je t’ai abandonné ces dernières semaines, te laissant tout seul dans ta paille et ton crottin. Pardonne-moi.

Mais je traverse une période délicate aux activités chronophages. Figure-toi que mon retour au Royaume de France est programmé pour dimanche, que je sors d’un accouchement difficile et que je suis à nouveau enceinte. Tu comprendras donc que je n’ai pas trouvé le temps pour venir te voir.

Je suppose que tu es étonné de me voir si attirée par la maternité, alors que j’avais coutume de dire que les enfants n’étaient que des petits gnomes ingrats, braillards, hystériques, sans intérêt, qui pleurent, vomissent, cassent tout et courent partout. Un peu comme John mais en moins poilus, donc en moins doux.

Mais finalement … J’ai bien John, alors je me suis dit que je pouvais aussi avoir le modèle « homo sapiens ». D’ailleurs, à propos de John, savais-tu qu’en ces temps de fortes chaleurs il m’a aidé à faire une découverte scientifique de la plus haute importance ? La chaleur est un catalyseur à l’inutilité, la mauvaise humeur et la régurgitation chez les chats. Incroyable, n’est ce pas ?




Pendant ces 6 mois, Rapsta était donc en gestation sans que tu le saches. Il faut dire que ce n’était pas très incommodant, ni très visible. A part quelques primesautières nausées matinales, quelques coups de pieds de bon aloi et quelques esthétiques kilos, la grossesse ne fut pas gênante, donc je n’ai pas jugé utile de t’en parler. Et puis, je voulais te faire la surprise !

C’est l’accouchement qui fut un véritable calvaire. 3 semaines de contractions incessantes pour la plus grande douleur de tout mon petit corps. Aucun répit ne m’était laissé. Il fallait pousser, souffler, pousser, souffler, hurler de douleur, pousser, souffler … Sans péridurale, ni césarienne. Juste les forceps. Et bien, c’était l’horreur, l’apocalypse, les dix plaies d'Égypte réunies, Alien et Prédator de concert…

J’ai obligé certains à me tenir la main et à suivre cet accouchement cette boucherie en temps réel. Je tiens à te dire que tu peux remercier le ciel de ne pas avoir assisté au spectacle. Je ne suis pas sûre que les pauvres âmes qui ont eu ce privilège ce malheur s’en remettent de sitôt !

Martyre que je fus, je suis devenue mère indigne. Comment ne pas détester Rapsta alors qu’il m’infligea une torture digne de celle que Zeus infligea à Prométhée? Seulement moi, je n’ai pas les entrailles qui se régénèrent et je n’avais rien fait à personne, encore moins à une chose même pas née.

N'aimant guère ma progéniture, je me suis empressée de m'en débarrasser. Ne t’enhardis point à me maudire dès maintenant ! Je ne l'ai pas congelé, loin de là !

Je l’ai confié à un tuteur.

Tu vois ! Il ne fallait pas s’inquiéter !

Cependant, j'ai de bonnes raisons de penser que ce charmant monsieur s’en bat la bretelle de salopette de mon petit énorme Rapsta. Aussi, j’ai bien peur qu’il ignore ma descendance, voire qu’il la condamne à rôtir dans les flammes de l’enfer. Et après mes maintes souffrances, je dois t’avouer que cette idée me chavire le cœur. J’essaie de ne pas trop y penser … Surtout que je suis maintenant enceinte de Orsta.
Cette fois-ci la gestation est très rapide et l’accouchement est prévu pour mardi prochain à 14h. En espérant que je ne verse pas à nouveau quantité de larmes.




Je prépare mon déménagement aussi.
Tu vois, je n’ai pas eu vraiment de temps à te consacrer. Et encore une fois, je suis désolée.

Et je crains cher Hubert que nos aventures hibiscusiennes s'arrêtent définitivement là ... Il faut dire, que tu as quand même été un sacré enfoiré !





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